Tristes tropiques...
J’aime les rues du jeudi soir car elles sont animées d’une faune pocharde, gaie et chantante, souvent idiote. Et ce soir, je rentrais du travail, il était plus de minuit, d’aucuns pointilleux rétorqueront que dans ce cas nous sommes vendredi, peu importe, ce qui est sûr, c’est que nous sommes en période électorale. Je rentre à pieds du boulot, parce que je n’ai pas de voiture. A vrai dire, je n’ai pas non plus mon permis. Et en marchant, sous la lumière des réverbères, je lis quelques pages. Ce soir, deux mecs de mon âge m’interpellent. Eh, monsieur vous lisez ! Il faut voter Sarkozy, c’est un fils d’immigré. Ils arrivent jusqu’à leur voiture. Il faut voter Sarkozy pour avoir plein de thunes et une belle bagnole !Non, je leur réponds. Je m’en fous des bagnoles, je préfère la culture. Et je les salue en levant la main qui tient une édition de poche de Tropique du Capricorne d’Henry Miller. L'un des deux dit Eh, c’est le petit livre rouge !
Non, je leur réponds, c’est Henry Miller, vingt ans de censure…
Les types avaient bu et pour ça j’aurais pu les trouver sympathiques. Mais ils prenaient le volant bourrés. Mais ils m’avaient appelé monsieur. Mais ils s’étonnaient qu’on puisse encore lire plutôt que faire de l’argent, qu'on puisse être contre Sarkozy et ne pas être Maoïste. Mais ils pensaient certainement viser dans le mille en me disant que Sarkozy est fils d’immigré parce que j’ai une tête de fils d’immigré. C’est con, je suis Français et ce n’est pas parce que Sarkozy est « fils d’immigré » qu’il ne créera pas un ministère de l’immigration et de l'identité nationale digne de la France vichyste s’il est élu. Alors non, pas Sarkozy, il peut se titiller le scrotum avec la pointe d'un nibard (c'est de Bukowski cette merveille).
« Je n’avais pas plus besoin de Dieu que Lui n’avait besoin de moi, et je me disais souvent que si Dieu existait, ce serait avec calme que j’irais à sa rencontre pour Lui cracher à la figure. »
Tropique du Capricorne, Henry Miller, 1939.
Que quelqu’un d’intelligent tente de me convaincre de voter pour Sarkozy. Je n’ai ni vu ni entendu une telle personne. De toute façon, si cette personne existait, j’irais à sa rencontre et je lui cracherais à la gueule. Rendez-vous aux urnes. Bon, et le rapport entre Sarkozy et littérature me direz-vous ? En 2005, le lauréat du prix Big Brother, catégorie "Orwell Ensemble de son Oeuvre" a été décerné à monsieur Sarkozy, six fois nominé depuis 2000. Alors, vous voyez mieux le rapport maintenant ?
Un petit lien vers le blog d'un photographe qui nous montre les affiches des candidats à la présidentielle.
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