La trilogie Montale

Publié le par Bifsteak

montale.jpg« Ce nouveau monde est clos. Fini, ordonné, stable. Et nous n’y avons plus notre place. Une nouvelle pensée domine. Judéo-christiano-helléno-démocratique. Avec un nouveau mythe. Les nouveaux barbares. Nous. Et nous sommes innombrables, indisciplinés, nomades bien sûr. Et puis arbitraires, fanatiques, violents. Et aussi, évidemment, misérables. La raison et le droit sont de l’autre côté de la frontière. La richesse aussi. »

Solea, Jean-Claude Izzo, 1998.

Il ne pourrait y avoir meilleur contexte, politique j’entends, pour lire Jean-Claude Izzo, et c’est certainement le seul aspect positif de l’actualité politique française. Car au fil des pages, on est touché par la solidarité, la volonté de résistance, la lutte individuelle contre les injustices, contre le racisme, contre les exclusions.

Fabio Montale est le personnage principal de la trilogie marseillaise de Jean-Claude Izzo, constituée de Total Khéops, Chourmo et Solea. Un ancien flic, fils d’immigrés italiens, amoureux de bonne chair, de pêche, évoluant dans une Marseille écartelée entre ses paradoxes, ensoleillée et violente, terre d’immigration et des idées du FN, terrain de jeu de la mafia, une ville aux rues parsemées de bistrots, de petits restaurants, où il est impossible de se garer autrement qu’en double file et où d’inquiétantes voitures en filent d’autres. En lisant Izzo, on peut être sûr de deux choses, au moins : tout d’abord, que la trilogie est une œuvre d’une très grande sensibilité, mélangeant nostalgie, colère sourde, désespoir, posant la solitude comme refuge. Elle est également extrêmement sensuelle, les saveurs se superposent avec harmonie, elles excitent savamment notre imaginaire olfactif de lecteur. Elle est belle et intelligente, elle cite de nombreux auteurs, à l’instar des femmes dont tombe amoureux Montale, ces femmes vives, indépendantes, métissées, magnétiques.

Enfin, le deuxième point : il n’y a guère que le vin qui réconforte. Et le Bandol domaine Tempier semble être à son apogée dans les bouteilles millésimées 1991…

Notons que Folio a édité en 2006 un guide du polar présentant un texte inédit de Jean-Claude Izzo. Et pour finir, car c’est plus que jamais le moment de s’en souvenir :

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