Partage des vivants
"Souviens-toi, Libby, mon amour, c'était un hiver comme la terre n'en avait jamais porté." Ainsi débute Partage des vivants, deuxième roman de Louis Calaferte, publié en 1953, un an après Requiem des innocents. Après le récit de son enfance dans la banlieue de Lyon, Calaferte nous raconte sa vie de jeune adulte, une vie d'écriture, de misère, de bouquins, de clodos et de ponts, d'amitiés, de morts et d'amour. Le style est toujours incisif, touchant, vert. Après s'être rebellé contre l'inconvénient d'être né ("Je n'épilogue pas. Ce n'est pas mon fort. Je ne dis qu'une chose: une matrice, ça se nettoie."), Calaferte cherche son salut dans les livres et dans l'écriture, à l'abri d'un toit de cahute miteuse." Je me tourne vers ce qui a fini d'être.
Je me tourne vers ce qui a fini d'être, et je frissonne encore, dans ces aubes filandreuses, dans ces petits jours infimes, douloureux et flasques, transis, qui venaient nous frapper en pleine gueule, nous crever les paupières, pour que nos yeux s'ouvrent.
Pour que nous puissions, chaque matin, nous savoir abandonnés.
Si parfaitement abandonnés, chaque matin, parmi ces corps recroquevillés, rabougris par le froid des nuits, par les longues bourrasques perçantes qui s'engouffraient en ravageant tout, sous la grande voûte sonore du pont."
Partage des vivants, Louis Calaferte, 1953.
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