Abe... (3)

Publié le par Bifsteak

original.jpgDésolé, le contenu est perdu...  Voici la nouvelle version:

Il est quatre heure du matin passé et je ne dors pas. Le monde autour de moi est mort. Ma main tâtonne, ne saisit que des bribes d'existences qui se désagrègent au toucher. Il reste sur les murs de ma chambre des traces grises d'une vie passée: dans un cadre de bois peint, sous un verre huileux, une copie d'une gravure de Durër représentant un cavalier, le diable et la mort. Au loin, un château. Des empilements de boîtes en carton gris auxquelles je n'ai pas touché depuis que Sarah m'a quitté. L'aura sombre d'un téléviseur qui est parti avec elle. Un marteau. Une tasse. Un paquet de cigarettes vide. La poussière en strates où je lis à rebours mes années de solitude. Des livres et leurs auteurs morts qui furent ma société. Il est quatre heure du matin passé et mon existence prend une tournure singulière. Mes années mortes ont brûlé d’un coup, dans le lit cette fille rousse. J’ai exhalé leurs cendres dans un gémissement de bonheur. Pour la première fois depuis le début de mes insomnies, je me lève, j'allume la lumière, j'ouvre le tiroir de mon bureau. Il y a au fond une grosse enveloppe en papier kraft. Le cachet de la poste est illisible. Dans cette enveloppe, encore, les vestiges d'un monde mort, qu'il me plaît d'exhumer à cette heure. Car je pressens que de ce monde, quelque chose peut naître. J'arrache le large scotch marron qui scelle l'enveloppe. A l'intérieur, des papiers jaunes, de vieilles photographies, une carte, des croquis, des cassettes de dictaphone, des notes serrées sur un papier à carreaux reliées entre elles par un trombone. Le papier est fin et cassant. Pour un peu je pourrais le réduire en poudre et souffler. La une d'un journal daté du  06 août 1978.

Macabre découverte

C'est au cours d'une inspection de routine que l'agent Winsley a découvert hier, dans l'après-midi, le corps d'une jeune femme vraisemblablement morte depuis plusieurs jours. La police indique que la victime a été tuée d'une balle dans la tête. Il pourrait s'agir d'Anna Kingsberg, dix-sept ans, domiciliée à Apaleo. Les premiers éléments de l'enquête laissent penser que la jeune femme aurait surpris un cambrioleur en flagrant délit. Le père de la victime a été brièvement  interrogé par les services de police avant d'être transféré à l'hôpital du comté, en état de choc, etc...
je passe à un article de presse locale du 08 août intitulé

Affaire classée

« Un homme coupable de meurtre fuira jusqu'à la tombe: qu'on ne l'arrête pas. » Il y a un bon Dieu sur cette terre qui rend sa propre justice, personne ne doit l'oublier. Et quand ce bon Dieu se fâche, il rend coup pour coup. Le meurtrier d'Anna Kingsberg aurait dû prendre le proverbe au sérieux. Alors qu'il tentait de s'échapper, un homme d'origine mexicaine a ouvert le feu sur un garde-frontière avant d'être abattu. La police a eu l'excellente surprise de retrouver sur le corps du fugitif   le butin du cambriolage qui a coûté la vie à Anna Kingsberg. L'analyse balistique devrait confirmer prochainement que l'arme du fuyard est bien celle qui a servi à tuer la jeune femme la semaine dernière. Ironie du sort: l'homme a été tué d'une balle dans la tête, tout comme sa victime. Justice est faîte. Que Dieu nous préserve des assassins.

« C'est le vengeur du sang qui mettra à mort le meurtrier. Quand il le rencontrera, il le mettra à mort. »
Les Nombres, XXXV, 19.


Une chaîne télévisée diffusa un reportage d'une minute trente le 08 août 1978, à 20h15, puis trente-sept secondes le lendemain. Quatre minutes seize sur KINN, la radio d'Alamogordo, réparties sur onze passages à l'antenne en une semaine. Une dépêche de trois lignes résuma l'enquête. Puis plus un mot. Au total, moins d'une dizaine de minutes d'attention. C'est à ces dix minutes que s'est résumé le meurtre d'Anna Kingsberg, dix-sept ans, tuée d'une balle dans la tête. Ce constat me noue l'estomac. J'ouvre une bouteille de vin. Je bois encore. Et enfin je m'endors.
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M
Ecriture rèche et sans concessions. Mais précise et à l'écoute des sensations les plus enfouies. J'aime.
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B
Merci!! ça fait très plaisir!!