La Démone
Les éditions Séguier ont eu une grande vertu : ils disposent d'une collection nommée Bibliothèque Décadente, où de nombreux titres de la fin du XIXe siècle sont présents. Parmi ces ouvrages, Méphistophéla nous transporte en plein Paris aux côtés de Sophie, jeune héroïne qui s'adonne à ces plaisirs interdits que sont le saphisme et la morphine. Nul doute que cet ouvrage, brillant, soit né d'un cerveau exalté : la folie y règne, les élans mystiques y gouvernent. L'auteur en est Catulle Mendès, ami de nombreux écrivains, parmi lesquels Eliphas Levi, occultiste, et Petrus Borel dit le Lycanthrope. Son style est flamboyant, précieux, envolé. En voici un extrait :"Parmi la foule écartée, s'avancèrent, vêtues non de lin ni de soie mais de sang rouge, tout frais, des femmes qui avaient des couteaux à la main ; elles ressemblaient à des sacrificatrices empourprées encore d'une hécatombe. Derrière elles on entendait s'enfuir en poussant de grands cris des mères qui tenaient leurs petits dans leurs bras ! Les sanglantes femmes élevaient vers l'autel des corbeilles où palpitaient les virilités des mâles nouveax-nés ; elles versèrent comme d'étranges fleurs ces offrandes aux pieds de la Démone ; celle-ci fit un signe ; et tout à coup, surgis avec des grognements et des grondements, des porcs sauvages se ruèrent, envahirent l'autel, et, tandis que riait formidablement la vivante idole, ils mangeaient l'avenir saignant des races."
Méphistophéla, Catulle Mendès, 1890.
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