Mort à crédit
Nul n'est besoin de préciser que ce livre est un chef-d'oeuvre : tout le monde le sait, Céline est un écrivain exceptionnel. C'est par ces phrases lapidaires que des images puissantes naissent de la plume de Céline. Il parle d'une femme: "Y avait pas de résistance chez elle. C'était tout viande, désir, musique." Trois mots pour aller à l'essentiel, pour définir parfaitement un personnage. Ce sont là des lignes charnelles, le texte est souvent censuré, à un tel point que des pages entières ressemblent à des calligrammes..."La mère Vituve elle émanait une odeur poivrée. C'est souvent le cas des rouquines. Elles ont je crois, les rousses, le destin des animaux, c'est brute, c'est tragique, c'est dans le poil. Je l'aurais bien étendue moi quand je l'entendais causer trop fort, parler des souvenirs... Le feu au cul comme elle avait, ça lui était difficile de trouver assez d'amour. A moins d'un homme saoul. Et en plus qu'il fasse très nuit, elle avait pas de chance ! De ce côté-là je la plaignais. Moi j'étais plus avancé sur la route des belles harmonies. Elle trouvait pas ça juste non plus. Le jour où il le faudrait j'avais presque de quoi en moi me payer la mort ! ... J'étais un rentier d'Esthétique. J'en avais mangé de la fesse et de la merveilleuse... je dois le confesser de la vraie lumière. J'avais bouffé de l'infini."
Mort à crédit, Louis-Ferdinand Céline, 1936.
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