Requiem des Innocents
Louis Calaferte (auteur de Septentrion en 1984) écrit en 1952 Requiem des Innocents, ouvrage relatant la jeunesse d'une bande de gosses de la "zone", aux environs de Lyon. Le jeune Calaferte vient de recevoir son certificat d'études. Ses copains restent sur le carreau. Les coups pleuvent, les insultes fusent, l'alcool s'épanche, c'est crasseux, plein de poux, de dents cassés, de bossus, de chiens à trois pattes, ça boîte, c'est manchot, ça crache... une véritable cour des miracles.Je ne sais pas quel extrait vous présenter (je crois que je vais citer souvent ce bouquin dans les semaines à venir)... Essayons celui-là:
"Ce couple épique : mes parents !
Alors moi, aujourd'hui, je vous crie salauds à vous deux ! Toi ma mère, garce, je ne sais où tu es passée. Je n'ai pu retrouver ta trace. J'aurais bien aimé pourtant. Tu es peut-être morte sous le couteau de Ben Rhamed, le bicot des barrières dont les extravagances sexuelles t'affolaient. Si tu vis quelque part, sache que tu peux m'offrir une joie. La première. Celle de ta mort. Te voir mourir me paierait un peu de ma douloureuse enfance. Si tu savais ce que c'est qu'une mère ! Rien de commun avec toi, femelle éprise, qui livra ses entrailles au plaisir et m'enfanta par erreur. Une femme n'est pas mère à cause d'un foetus qu'elle nourrit et qu'elle met au monde. Les rats aussi savent reproduire. Je traîne ma haine de toi dans les dédales de ma curieuse existence. Il ne fallait pas me laisser venir ! Garce ! Il fallait recourir à l'hygiène ! Il fallait me tuer. Il fallait ne pas me laisser cette petite mort de mon enfance, garce ! Si tu n'es pas morte, je te retrouverai un jour et tu paieras cher, ma mère. Cher. Garce."
Requiem des Innocents, Louis Calaferte, 1952.
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