K.O.
"- Mesdames et messieurs!Le public émit un doux vagissement.
- Spécialistes de la rondelle! poursuivit-il.
Et l'intensité des applaudissements monta d'un cran.
-Fiottes et poufs, fanas de la fente et de la fiente, suceurs de saucisses!
Maintenant, malgré les amplis, il était difficile de l'entendre à cause des applaudissements et des cris d'encouragement."
Le Roi du K.O., Harry Crews, 1988.
On trouve dans ce livre une histoire compilée de la boxe officielle, de Rocky Marciano à Mike Tyson. Mais pour Eugène, le protagoniste principal, la gloire n'est pas au rendez-vous: Harry Crews nous emmène vite dans l'univers des prestations clandestines, où l'on rencontre Russell "Muscle", personnage emblématique de Body, qui fait sa première apparition. Eugène a le menton fragile: un simple coup l'envoie au tapis. Et pour les besoins du spectacle, c'est lui, Eugène, le roi du K.O., qui s'inflige ce coup terrassant... pour le plus grand bonheur des spectateurs, voyeurs, amateurs de frissons, dégénérés richissimes (l'un d'eux se fait appeler L'Huître) ou pseudo-étudiants en mal d'écriture. Le travail d'Harry Crews, que l'on retrouve ce centre intérêt dans La Malédiction du gitan et Body, porte sur les corps, sur leur destruction, mutilation, déformations, sur leur fragilité. Page après page, Harry Crews amène le lecteur à une réflexion sur la mort, sa mise en scène, sur sa propre position de spectateur, le tout dans un style truffé de perles argotiques.
A noter, sur la boxe:
- Le Colosse d'argile, Philippe Fusaro, 2006, une biographie romancée de Primo Carnera, boxeur Italien dont le succès fut salué par Mussolini,
- La brûlure des cordes, FX Toole, 2006, recueil de nouvelles dont est tiré Million Dollar Baby,
ainsi qu'un article de Rue 89 sur la littérature et la boxe, depuis le festival Etonnants Voyageurs à Saint-Malo.
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