"-Les flics sont venus. Ils ont embarqué tout le monde. Y en a pas un qu'était en règle. On va les renvoyer chez eux par
charter.
-C'est dégueulasse, j'ai dit. Ces types sont des porcs.
-Ca n'a rien de dégueulasse, mon petit, c'est la loi, et eux, ils se contentent de l'appliquer. Pour le reste, croyez-moi, ils veulent juste gagner
leur vie et qu'on les laisse en paix le week-end à la maison avec leur femme et leurs gosses. Comme vous et moi. De toute façon, ces gens n'avaient pas le droit d'être ici.
-Mais ils avaient le droit de vous filer leur pognon, non?"
Falaises , Olivier Adam, 2005.
Il faut avoir un moral en béton pour attaquer un livre d' Olivier Adam
. Cet auteur manie avec virtuosité la langue française. Son style, simple, d'une pureté cristalline, est très séduisant. Du coup, le
lecteur se fait avoir: il se laisse emporter par le rythme coulant pour se retrouver happé par les eaux troubles du récit. Et les bas-fonds sont terriblement noirs. Des scènes d'une grande
violence psychologique viennent casser les passages plus lents où les personnages errent, tentent de s'accrocher à des souvenirs ou à des fantômes. Ce parcours de gosses abandonnés tient du
roman initiatique, où l'alcool, la drogue et le sexe tiennent lieu d'épreuves ou de rites de passage vers l'âge adulte. Voilà pour Falaises . Ajoutons qu'Olivier Adam a signé, entre autres, un redoutable recueil de nouvelles intitulé Passer l'hiver , s'ouvrant sur l'annonce de la
mort de Maurice Pialat. Belle référence...
Notons encore que ce même auteur a co-signé le scénario du film Welcome de Philippe Lioret, sorti en 2009. Dans la foulée, voici le lien pour signer la pétition contre le délit de solidarité. Le problème est malheureusement toujours d'actualité...