S'informer

Publié le par Bifsteak

bunker.jpg"Il n'y a plus à réagir aux nouvelles du jour, mais à comprendre chaque information comme une opération visant justement à susciter chez tel ou tel, tel ou tel type de réaction; et à tenir cette opération pour la véritable information contenue dans l'information apparente.

Il n'y a plus à attendre - une éclaircie, la révolution, l'apocalypse nucléaire ou un mouvement social. Attendre encore est une folie. La catastrophe n'est pas ce qui vient, mais ce qui est là. Nous nous situons d'ores et déjà dans le mouvement d'effondrement d'une civilisation. C'est là qu'il faut prendre parti.

Ne plus attendre, c'est d'une manière ou d'une autre entrer dans une logique insurrectionnelle. C'est entendre à nouveau dans la voix de nos gouvernants, le léger tremblement de terreur qui ne les quitte jamais. Car gouverner n'a jamais été autre chose que repousser par mille subterfuges le moment où la foule vous pendra, et tout acte de gouvernement rien qu'une façon de ne pas perdre le contrôle de la population.

Nous partons d'un point d'extrême isolement, d'extrême impuissance. Tout est à bâtir d'un processus insurrectionnel. Rien ne paraît moins probable qu'une insurrection, mais rien n'est plus nécessaire."

L'insurrection qui vient, Comité invisible, 2007 (en version pdf ici).

Cet extrait aux allures de manifeste est livré au lecteur de la Revue internationale des livres et des idées dans son numéro de novembre-décembre 2007. Signalons que cette revue, aux articles détaillés, aux titres provocateurs et aux thèmes souvent militants, nous offrait dans son précédent numéro une critique de la Petite histoire de la voiture piégée de Mike Davis, comme en écho à cet article sur l'insurrection. Non qu'elle pousse à l'action directe ou à la mise en application des recettes de l'Anarchist Cookbook. Elle nous invite à l'extrême vigilance, à la critique incessante, à la pensée politique, à la réflexion (un mot qui semble désuet, puisque dans la bouche de nos gouvernants, la réflexion est balayée d'un revers de main méprisant au profit de la seule action). Curieusement, L'insurrection qui vient semble, aux yeux de ces mêmes gouvernants, un dangereux outil de propagande et visiblement, ses auteurs encourent des sanctions judiciaires au nom de la lutte contre le terrorisme. Julien Coupat, pour avoir été soupçonné d'être l'auteur de ce livre, a été incarcéré durant six mois. Il commente avec verve cette détention dans un article du Monde, daté du 25 mai 2009. Quand bien même il eut été l'auteur de ce texte, depuis quand la pensée est-elle délinquante?

Le premier paragraphe de cet extrait ne relève pas de la théorie du complot. Ne vous demandez plus si le fait-divers que l'on vous montre est vrai; demandez-vous pourquoi on vous le montre. Pourquoi avant des élections, les écrans sont saturés de reportages sur l'insécurité. Pourquoi, lorsque sont présentés au Parlement des projets de loi impopulaires voire inégalitaires ou liberticides, les ondes regorgent de faits-divers croustillants sur la vie conjugale d'untel et/ou d'unetelle, ou de menaces apocalyptiques. La critique des médias posée par le Comité invisible est pleinement justifiée. Ce n'est pas un secret, les pouvoirs politiques sont intimement liés aux médias, par des relations d'amitié ou par la dérive du discours politique en politique-spectacle. Ce lien est devenu problématique; le constat est ancien:

"La France donne alors l'image d'une monarchie audiovisuelle bananière; règne de l'argent tempéré par les prébendes politiques. Parfois au-delà dans la fonction publique, en changeant les directeurs pour placer ses amis politiques, dans les entreprises publiques, en faisant de même. La politique, version clientéliste, envahit alors des domaines qui devraient lui rester étrangers. [...] L'argument cède le pas devant le provocant, la parole s'efface au profit de l'image, l'analyse détaillée ne vaut pas le sujet serré. Bref, dans la société médiatique, une certaine forme de travail parlementaire n'a pas sa chance. Nous avons d'ailleurs changé d'idoles: Christophe Dechavanne a remplacé Jean Jaurès, et Collaro, Clémenceau. La distraction y gagne, pas la délibération. Et la dépression du Parlement de s'aggraver. D'autant plus que d'autres pouvoirs émergent et le rognent à leur tour."

Le pouvoir politique en France, Olivier Duhamel, 1993.

Et le problème, au fil des années, s'est aggravé. Si vous n'en êtes pas convaincus, ouvrez les yeux. Regardez Pas vu pas pris de Pierre Carles, Manufacturing Consent de Mark Achbar et Peter Wintonick. Lisez Les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi ("La France, après tout, est un pays où l'idée de faire interroger le président de la République par deux journalistes également femmes de ministres n'a pas paru extravagante."), paru en 1997. Allez jeter un oeil sur le site de l'Acrimed. Ou sur ce reportage Suisse, Sarkozy, vampire des médias (sur le site Temps présent)...

Des solutions se dessinent: réforme de la profession de journalisme (Voir La fabrique de l'information, Florence Aubenas et Miguel Benasayag, 1999), dans l'esprit du courant réformiste des Annales chez les historiens, diffusion d'une information indépendante (indymedia),...

Il en existe une autre:

Kill your TV. 
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SysTooL 14/06/2009 12:05

C'est drôle (enfin, non), j'ai lu la Théorie du Bloom il y a quelques semaines... :-)SysT

Bifsteak 26/06/2009 15:40


Oh là... Il faut que je fasse des recherches, je ne sais pas du tout ce que c'est...... Merci pour la référence!


(plus tard...)

Merci encore, ça m'a l'air très intéressant. Voici le lien:

http://www.bloom0101.org