A l'index...










"- Quel genre de livres, aimeriez-vous lire?
- Des livres mis à l'index."

La Preuve, Agota Kristof, 1988.



au-dessus-du-volcan.jpg Au-dessous du Volcan, de Malcolm Lowry, met en scène un Consul qui se saoûle au mezcal en attendant le retour de son épouse, Yvonne, une ancienne star de Hollywood partie refaire sa vie avec un autre homme. Il y a fort à parier que Lowry était aussi saoûl que son héros au moment d'écrire (dix ans de rédaction pour ce livre, je crois, avant sa parution en 1947). L'ouvrage résiste longtemps à la lecture. Il faut habituer doucement l'esprit à ce spiritueux, avant de pouvoir pénétrer dans ses pages brumeuses: le voyage est sublime.

"Quelquefois, quand je vois le petit avion rouge de la poste arriver d'Acapulco à sept heures du matin au-dessus des collines étranges, ou que plus vraisemblablement j'entends, gisant au lit (quant à cette heure j'y suis), tremblant, expirant, tressautant, - juste un menu grondement enfui - et qu'en jabotant j'allonge la main vers le verre de mescal, la boisson que je ne puis, même en la portant à mes lèvres, croire réelle, que j'ai eu la merveilleuse prévoyance de mettre bien à portée la nuit d'avant, je pense que tu vas être dedans, dans cet avion chaque matin quand il passe, et que tu seras venue pour me sauver. Puis passe la matinée et tu n'es pas venue. Mais oh, à présent je prie pour cela, que tu viennes. Pourquoi d'Acapulco, à la réflexion je ne vois pas. Mais pour l'amour de Dieu, Yvonne, entends-moi, ma défense est à bout, en ce moment à bout - voici l'avion qui passe, je l'ai entendu au loin puis, rien qu'un instant, par-delà Tomalin - reviens, reviens. J'arrêterai de boire, quoi que ce soit. Je me meurs sans toi. Pour l'amour du Christ, Yvonne, reviens-moi, entends-moi, c'est un cri, reviens-moi, Yvonne, ne serait-ce qu'un jour..."

Au-dessous du Volcan, Malcolm Lowry, 1947.
 
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Désolé, le contenu est perdu...  Voici la nouvelle version:

Quand je me réveille, il est plus de midi. De ma nuit, il ne reste qu'un bout de papier. Elle y a laissé son nom, Léone, et son numéro de téléphone. Je n’avais pas pensé à lui demander. Sûrement la peur.

Je ne crois pas en ce genre d'histoires. Trop de facteurs hasardeux, pas très crédible. Mais ça a commencé comme ça, il y a deux ou trois mois. J'étais dans le tramway. Je lisais. J’étais dans les mots, je ne voyais rien de ce qui m’entourait. Sauf cette gamine rousse. Je relevai la tête pour la regarder. Rien: pas un trait de son visage, pas un mouvement, seulement son profil dissimulé par le rideau hiératique de ses cheveux. Elle se cachait, comme on cache un trésor, comme on cache l’infamie. Je ne sais pas si elle se trouvait belle ou laide. Moi, j’étais sûr qu’elle l’était, belle. Ses cheveux comme ça, courbés à la pointe, rebiquant avec insolence, me montrant du doigt. A cet instant je crois je suis tombé amoureux. Quand elle est descendue, je l’ai suivie. Je me disais tout en marchant, mais cette gosse a vingt ans à peine, et encore, elle est trop jeune, ou tu es trop vieux. Je l’ai suivie quand même et avant qu’elle ne disparaisse je l’appelle mademoiselle, je lui demande je ne sais plus du feu peut-être, ce genre de baratin, si elle veut boire un verre. Bien entendu elle a refusé et je n’ai pas insisté. Je suis rentré chez moi et j’ai lâché l’affaire. Jusqu'à hier soir. Je buvais un verre dans un bar et elle s'est pointée là, devant mes yeux, vrai de vrai, et elle m'a sourit. Elle s’est assise.
Elle a dit.

Bonsoir.
Cette fois, j'accepte le verre. Elle était tellement bourrée qu’elle n’arrivait même pas à articuler correctement. Je crois qu’elle a dit quelque chose comme ça. Alors je lui commande une vodka, un truc avec de la pomme, frais. On discute enfin elle parle elle parle. Elle bafouille, ses phrases se bousculent les unes contre les autres. Elle peine à trouver ses mots, à les chercher aussi, je ne comprends pas où elle veut en venir. Elle se lance enfin. Elle me dit qu'elle a dix-neuf ans, elle a vécu deux ans avec un type, elle en a connu d’autres encore, c’est pas une putain, elle est seule, enfin elle vit avec une amie, pas loin d'ici mais le soir ça craint un peu comme quartier, elle me rassure elle ne veut pas coucher avec moi par dépit ou quelque chose dans ce goût là. Elle croit qu’on se plaît bien tous les deux. Je repense à mes six ans de mariage, je rigole. Je me sens tellement stupide. Et aussi nerveux qu’un puceau.

Au fil de la conversation, je la vois qui tangue sur son tabouret, la tête alourdie qui tourne comme un vieux manège de foire, elle glisse par à-coups toujours plus proche de moi. Elle finit par s’accrocher à mon cou, en croisant ses mains sur ma nuque et me tire vers elle sans douceur. J’ai bien failli tomber parce que j’étais complètement bancal. Je me retrouve cassé en deux, le visage collé au sien, en sueur, les lèvres collées aux siennes aussi, les poumons gonflés par son haleine chargée de picole, sucrée et chaude et elle souffle dur, comme un dieu qui donnerait la vie à son premier homme. Je me souviens très bien. Ses cheveux ont un goût acidulé.

On a continué cette foutue soirée comme des animaux, à boire, à se brailler à l'oreille, à braire, en rut. A la fermeture du bar, elle me demande de la raccompagner. On se retrouve devant sa porte. Elle frappe et personne ne répond. Tout en me tenant par le bras, elle fouille dans son sac pour en extraire un trousseau de clés, attaché au sac par une chaînette dorée ornée de cœurs. La porte s'ouvre sur un petit appartement qui n’a rien de commun avec ce que l’on peut qualifier d’habitat. C’est une contrée inhospitalière ravagée par une coulée de boue. Tout y gît, comment dire, désolée pour le bordel, mon amie, enfin non disons ma coloc' est pas très ordonnée mais remarque ça me dérange pas, moi non plus je ne suis pas très soigneuse mais dans les limites hein et toi ça te dérange, je vais te faire de la place, t'as qu'à t'asseoir ici en attendant, elle pousse une chaise couverte de fringues. Elle se retourne pour mettre par terre un tas de vêtements chemises de nuit presque transparentes débardeur rose à bretelles soutiens-gorge chemises froissées une paire de tennis pull rouge deux ou trois culottes robe légère sans doute et se retourne à nouveau vers l'évier qui pue le moisi, ouvre le robinet en riant de sa bouche inépuisable. Elle se passe les mains sous l'eau, cherche, déniche une serviette grise, elle se penche vers moi, hein ça ne te dérange pas et ses mains encore humides dégrafent ma ceinture, ma braguette, et en sort mon sexe qu'elle caresse doucement et quand elle y penche la tête pour le prendre dans sa bouche inépuisable, je sens ses cheveux qui me chatouillent le ventre. Elle a une main glissée sous mon tee-shirt et je vois un poster des Stooges au mur, une boîte de médicaments et les bouteilles de vin vides, non, ça n'a pas l'air de te déranger et elle se remet à me sucer encore encore encore et me tire vers son lit et voilà qu'on baise et qu'on jouit et qu'on aime ça comme avant.

Elle dort. Moi je n’y arrive pas, je la regarde, un petit moment, je me dis attention, deviens pas fou, attention, c’est qu’une gosse, tu t’accroches, c’est pas sain, fais pas le con, elle est jeune, combien de temps elle va rester là avant qu’elle se lasse et que ça recommence, et merde. J’envoie tout chier, toutes ces questions j’en ai rien à foutre, je crois bien qu’on s’aime au moins un peu. J'ai ramassé mes affaires. Je suis rentré chez moi.
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porte-rouge.jpg Tout en le tenant par le bras, la fille fouillait dans son sac en satin pour finir par en extraire dans un concert de cliquetis métalliques un petit trousseau de clefs, retenu au sac par une chaînette ornée de cœurs dorés, elle avale sa salive semble inquiète quand elle toque à la porte mais personne ne répond et elle tourne la clé dans la serrure du verrou avec soulagement, la porte s’ouvre sur un petit appartement, comment dire, je suis désolée pour le bordel, j’habite avec une amie enfin non disons plutôt une connaissance qui n’est pas très ordonnée mais remarque que ça ne me dérange pas moi non plus je ne suis pas très soigneuse mais dans les limites hein et toi ça te dérange, chou, je vais te faire de la place, t’as qu’à t’asseoir ici en attendant, elle pousse une chaise couverte de fringues vers lui, elle se retourne pour mettre un tas de vêtements chemises de nuit presque transparentes débardeur rose à fines bretelles soutiens-gorge pantalons chemises froissées une paire de tennis dont les lacets s’entremanchent de pull over rouge deux ou trois culottes robe légère sans doute et d’autres tissus indifférents dans un carton béant, elle se retourne encore près de l’évier qui pue le moisi, ouvre le robinet en riant de sa bouche idiote, elle se passe les mains sous l’eau, cherche, déniche une serviette grise sous des revues de mode, qui glissent sur le sol, elle se penche vers lui, chou, hein ça ne te dérange pas et ses mains encore un peu humides dégraffent sa ceinture à lui, et elle ouvre les boutons de son pantalon, et commence à en sortir son sexe qu’elle caresse doucement et quand elle y penche la tête pour le prendre dans sa bouche idiote, il sent ses cheveux qui lui chatouillent le ventre, elle a une main glissée sous son tee-shirt et il voit un poster des Stooges au mur et les cartons de fringues, une boîte de médicaments et les bouteilles de vin vides, non, ça n’a pas l’air de te déranger, et elle se remet au travail pour encore encore encore encore un moment.
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