A l'index...










"- Quel genre de livres, aimeriez-vous lire?
- Des livres mis à l'index."

La Preuve, Agota Kristof, 1988.



Un petit coup d'auto-promotion... Les Ateliers de La Taupe viennent de "photocopier à compte d'auteur" leur premier travail collectif, intitulé Marina. Et le travail personnel de l'une de ces taupes, Aurore, devrait être disponible en version papier très bientôt... N'hésitez pas à nous rendre visite, à laisser vos critiques, à diffuser les textes à votre guise !
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olivier adam.jpg
"-Les flics sont venus. Ils ont embarqué tout le monde. Y en a pas un qu'était en règle. On va les renvoyer chez eux par charter.
-C'est dégueulasse, j'ai dit. Ces types sont des porcs.
-Ca n'a rien de dégueulasse, mon petit, c'est la loi, et eux, ils se contentent de l'appliquer. Pour le reste, croyez-moi, ils veulent juste gagner leur vie et qu'on les laisse en paix le week-end à la maison avec leur femme et leurs gosses. Comme vous et moi. De toute façon, ces gens n'avaient pas le droit d'être ici.
-Mais ils avaient le droit de vous filer leur pognon, non?"

Falaises , Olivier Adam, 2005.

Il faut avoir un moral en béton pour attaquer un livre d' Olivier Adam . Cet auteur manie avec virtuosité la langue française. Son style, simple, d'une pureté cristalline, est très séduisant. Du coup, le lecteur se fait avoir: il se laisse emporter par le rythme coulant pour se retrouver happé par les eaux troubles du récit. Et les bas-fonds sont terriblement noirs. Des scènes d'une grande violence psychologique viennent casser les passages plus lents où les personnages errent, tentent de s'accrocher à des souvenirs ou à des fantômes. Ce parcours de gosses abandonnés tient du roman initiatique, où l'alcool, la drogue et le sexe tiennent lieu d'épreuves ou de rites de passage vers l'âge adulte. Voilà pour Falaises . Ajoutons qu'Olivier Adam a signé, entre autres, un redoutable recueil de nouvelles intitulé Passer l'hiver , s'ouvrant sur l'annonce de la mort de Maurice Pialat. Belle référence...

Notons encore que ce même auteur a co-signé le scénario du film Welcome de Philippe Lioret, sorti en 2009. Dans la foulée, voici le lien pour signer la pétition contre le délit de solidarité. Le problème est malheureusement toujours d'actualité...

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illusions.jpg "Il était décidé à payer mille francs la propriété entière de L'Archer de Charles IX, et à lier Lucien par un traité pour plusieurs ouvrages. En voyant l'hôtel, le vieux renard se ravisa. "Un jeune homme logé là n'a que des goûts modestes, il aime l'étude, le travail: je peux ne lui donner que huit cents francs." L'hôtesse, à laquelle il demanda M. Lucien de Rubempré, lui répondit: "Au quatrième!" Le libraire leva le nez, et n'aperçut que le ciel au-dessus du quatrième. "Ce jeune homme, pensa-t-il, est joli garçon, il est même très beau; s'il gagnait trop d'argent, il se dissiperait, il ne travaillerait plus. Dans notre intérêt commun, je lui offrirai six cents francs; mais en argent, pas de billets." Il monta l'escalier, frappa trois coups à la porte de Lucien, qui vint ouvrir. La chambre était d'une nudité désespérante. Il y avait sur la table un bol de lait et une flûte de deux sous. Ce dénuement du génie frappa le bonhomme Doguereau."

Illusions perdues, Honoré de Balzac, 1835-1843.

Dans Illusions perdues, Balzac s'attache à détruire deux personnages, David Séchard, imprimeur à Angoulème, et Lucien Chardon, dit de Rubempré, poète. Le premier est un inventeur génial, dupé par ses concurrents, le second suit à Paris sa maîtresse et devient journaliste. Lucien de Rubempré découvre bientôt les jeux politiques et commerciaux du journalisme, s'y perd par goût de la fortune, et vend littéralement son âme contre une bourse d'écus. Balzac est drôle, cruel, il dissèque ses personnages, les torture à la flamme du remord, de l'amour-propre, il les plonge dans une misère sans espoir, et nous laisse une perle du roman noir du XIXe siècle. La transaction se poursuit ainsi:

"Je vous l'achète quatre cents francs, dit Doguereau d'un ton mielleux et en regardant Lucien d'un air qui semblait annoncer un effort de générosité."

Dans le cadre de son livre Le Travail, communion et excommunication, 1998, le philosophe Nicolas Grimaldi analyse les rapports de subordination entre les différents personnages des Illusions perdues, en remontant la pyramide des dominations exercées par tous les protagonistes. Il explicite ainsi la conception moderne de l'esclavage :

"Mais ce qui fait du travail un esclavage, les descriptions de Balzac nous l'ont fait pressentir. Ce n'est ni la disipline, ni l'obéissance, ni l'effort, ni même l'envahissement de la vie par le travail ; c'est l'injustice. Devoir agir contre sa conscience, contre l'honneur, contre la vérité ; ou corrélativement se trouvé blâmé, ou censuré, ou écarté, ou refusé pour ce que nous avions de mérite ou pour ce que nous eûmes de vertu : voilà le principe de l'esclavage. C'est un simple principe d'avilissement."

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Πόλλ' ἀεκαζομένη, κρατερὴ δ' ἐπικείσετ' ἀνάγχη.

 

Bien malgré toi, sous la pression d'une dure nécessité.

 

Iliade, VI, 458.

 

Cette citation fait figure d'épigraphe au carnet de notes de la philosophe Simone Weil, qu'elle rédigea durant son année de travail dans une usine Renault en 1934-1935. La lecture de ces notes, très détaillées, est surprenante. Weil y note tout : le nombre de pièces tournées, l'usure des machines, les noms des collègues, les sourires, les engueulades, la fatigue, les maux de tête, la paye à peine suffisante pour se nourrir... Tout, jusqu'au sentiment de défaite qui l'habite souvent, cette envie de mettre en sommeil sa pensée. Cette expérience lui montre combien la condition ouvrière est prôche, ainsi qu'elle le disait dans ses Leçons de philosophie datées de 1933-1934, de celle de l'esclave :

 

« Le salariat n'est qu'une autre forme de l'esclavage, avec cette différence qu'on acquiert les esclaves par le pillage et les salariés par le commerce. »

 

Il n'y a dans cette comparaison aucune complaisance. Simone Weil explique que l'homme qui possède les machines, les outils de production, un tel homme (le capitaliste) ne se rend pas seulement maître de la nature : il est également maître des hommes attachés à la machine. « L'essence de la domination qui se cristallise dans l'entreprise, c'est la subordination de l'individu à la collectivité. La puissance du capitaliste, c'est la puissance des machines sur les ouvriers, tandis que, dans la manufacture, le maître ne représentait que la coordination des travaux » (Leçons de philosophie, 1933-1934). De son propre travail en usine, Weil apprend que la machine et les objectifs de production exigent d'elle qu'elle abandonne sa pensée ; à son poste, elle ne peut ni réfléchir, ni rêver, ni parler... Elle est toute à sa tâche, mécaniquement. Il lui faut se ressaisir souvent le soir pour retrouver la force d'écrire, de continuer son étude.

 

L'entreprise, un loup pour l'homme? C'est le parti-pris de Thomas Pynchon dans Contre-jour. Il l'illustre parfaitement dans un passage, dont je ne mentionne ici que les dialogues:

 

 « En 95, le plan de Nansen lors de son dernier voyage vers le nord consista en fin de compte, à mesure que la charge totale diminuait, à tuer les chiens de traîneau les uns après les autres afin de les nourrir. Au début, comme il le signale, les autres chiens refusèrent de manger de la viande de chien, mais ils en vinrent à l'accepter.

Imaginez que ça nous arrive, dans le monde civilisé. Si « une autre forme de vie » décidait d'utiliser les humains dans des buts similaires, qu'elle effectue une mission similaire par son désespoir, et que ses propres ressources diminuaient, alors nous autres pauvres bêtes humaines serions de même simplement abattues, une par une, et celles encore en vie seraient contraintes, si l'on veut, de manger les premières. [...] Vous songez aux conditions mondiales actuelles sous le capitalisme et les Trusts. [...] L'évolution. Le singe évolue en homme, bien, quelle est l'étape suivante – l'humain en quoi? Un organisme composé, la Corporation américaine, par exemple, dans laquelle la Cour suprême a reconnu une personne légale – une nouvelle espèce vivante, capable de faire tout ce qu'un individu peut faire, mais en mieux, aussi futé ou puissant que soit cet individu. »

 

Thomas Pynchon, Contre-jour, 2006.

 

Pynchon n'exagère en rien les capacités des corporations, ainsi qu'elles sont définies par la loi des  Etats-Unis d'Amérique. Le documentaire The Corporation, de Mark Achbar, Jennifer Abbott et Joël Bakan, est à ce sujet particulièrement éloquant. L'entreprise y est abordée sous son aspect juridique, puis, étant ainsi définie comme une personne légale, sous son aspect psychologique. Et le portrait dressé est à peu près celui dépeint par Pynchon. On retrouve une analyse précise de la production industrielle dans un système capitaliste chez André Gorz, dans Métamorphoses du travail, quête de sens, 1991, où l'auteur met en lumière les processus nés des contingences capitalistes : disparition des savoirs-faire et cultures de métiers, interchangeabilité des salariés, pré-éminence de classes d'ouvriers d'élite (qui gèrent la production dans son ensemble, qui disposent de cette vision d'ensemble), disparition de la notion de réalisation qui était présente dans l'artisanat (l'artisan fabrique un objet ; les ouvriers ne travaillent que sur une partie de l'objet fabriqué), disparition dans certains cas du contact avec la matière (les ouvriers derrière des écrans de contrôle qui surveillent le bon déroulement de la chaîne de production sont séparés de l'objet fabriqué). Il explique également les tenants du contrat passé entre le salarié et le patron, dans lesquels bien évidemment le salarié se retrouve dupé par l'attrait des biens de consommation qu'on lui présente comme constitutifs d'une vie réussie : « Les biens compensatoires sont donc convoités pour leur inutilité autant - ou même plus – que pour leur valeur d'usage; car c'est l'élément d'inutilité (les « gadgets » et ornements superflus) qui symbolise l'évasion de l'acheteur de l'univers collectif vers une niche de souveraineté privée » (André Gorz, Métamorphoses du travail, 1991).

 

Simone Weil propose certaines pistes de réflexion, parmi lesquelles la gestion syndicale du personnel, et un roulement dans l'exercice de l'autorité rapide, afin de responsabiliser le personnel dirigeant. Sa vision est, finalement, basée sur une représentativité plus grande des ouvriers au sein des cellules décisionnelles, qui s'appuie sur le travail syndical. On se retrouve là face à un paradoxe très prégnant dans notre société : nos régimes politiques, démocratiques, qui sont plus ou moins représentatifs, ne trouvent guère d'échos dans le fonctionnement des entreprises. Qui élit sa/son supérieur(e) hiérarchique ? Dans quel conseil d'administration l'ensemble des salariés est invité à prendre part aux discussions ? « Je pense que ce qui existe depuis des centaines d'années sous le vocable d'esclavage salarié est intolérable. Je pense que les gens ne devraient pas être forcés de se louer eux-mêmes pour survivre. Je crois que les institutions économiques devraient être gérées de manière démocratique, par leurs membres et par les communautés dans lesquelles elles vivent » (Noam Chomsky, Comprendre le pouvoir, T.II, 1990).

 

Nous n'en sommes pas là. Alors, que faire ? La réponse est présentée sous forme de référence bibliographique dans Le Monde diplomatique du mois de mai 2009 : Ne sauvons pas le système qui nous broie ! Manifeste pour une désobéissance générale, Sous-comité décentralisé des gardes-barrières en alternance, 2009. Allez, pour finir, puisqu'aujourd'hui je suis d'humeur taquine, un extrait de L'Anarchie d'Elisée Reclus, 1896 :

 

« Sans doute le mouvement de transformation entraînera des violences et des révolutions, mais déjà le monde ambiant est-il autre chose que violence continue et révolution permanente ? Et dans les alternatives de la guerre sociale, quels seront les hommes responsables ? Ceux qui proclament une ère de justice et d'égalité pour tous, sans distinction de classes ni d'individus, ou ceux qui veulent maintenir les séparations et par conséquent les haines de castes, ceux qui ajoutent lois répressives à lois répressives, et qui ne savent résoudre les questions que par l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie ? »

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bunker.jpg "Il n'y a plus à réagir aux nouvelles du jour, mais à comprendre chaque information comme une opération visant justement à susciter chez tel ou tel, tel ou tel type de réaction; et à tenir cette opération pour la véritable information contenue dans l'information apparente.

Il n'y a plus à attendre - une éclaircie, la révolution, l'apocalypse nucléaire ou un mouvement social. Attendre encore est une folie. La catastrophe n'est pas ce qui vient, mais ce qui est là. Nous nous situons d'ores et déjà dans le mouvement d'effondrement d'une civilisation. C'est là qu'il faut prendre parti.

Ne plus attendre, c'est d'une manière ou d'une autre entrer dans une logique insurrectionnelle. C'est entendre à nouveau dans la voix de nos gouvernants, le léger tremblement de terreur qui ne les quitte jamais. Car gouverner n'a jamais été autre chose que repousser par mille subterfuges le moment où la foule vous pendra, et tout acte de gouvernement rien qu'une façon de ne pas perdre le contrôle de la population.

Nous partons d'un point d'extrême isolement, d'extrême impuissance. Tout est à bâtir d'un processus insurrectionnel. Rien ne paraît moins probable qu'une insurrection, mais rien n'est plus nécessaire."

L'insurrection qui vient, Comité invisible, 2007 (en version pdf ici).

Cet extrait aux allures de manifeste est livré au lecteur de la Revue internationale des livres et des idées dans son numéro de novembre-décembre 2007. Signalons que cette revue, aux articles détaillés, aux titres provocateurs et aux thèmes souvent militants, nous offrait dans son précédent numéro une critique de la Petite histoire de la voiture piégée de Mike Davis, comme en écho à cet article sur l'insurrection. Non qu'elle pousse à l'action directe ou à la mise en application des recettes de l'Anarchist Cookbook. Elle nous invite à l'extrême vigilance, à la critique incessante, à la pensée politique, à la réflexion (un mot qui semble désuet, puisque dans la bouche de nos gouvernants, la réflexion est balayée d'un revers de main méprisant au profit de la seule action). Curieusement, L'insurrection qui vient semble, aux yeux de ces mêmes gouvernants, un dangereux outil de propagande et visiblement, ses auteurs encourent des sanctions judiciaires au nom de la lutte contre le terrorisme. Julien Coupat, pour avoir été soupçonné d'être l'auteur de ce livre, a été incarcéré durant six mois. Il commente avec verve cette détention dans un article du Monde, daté du 25 mai 2009. Quand bien même il eut été l'auteur de ce texte, depuis quand la pensée est-elle délinquante?

Le premier paragraphe de cet extrait ne relève pas de la théorie du complot. Ne vous demandez plus si le fait-divers que l'on vous montre est vrai; demandez-vous pourquoi on vous le montre. Pourquoi avant des élections, les écrans sont saturés de reportages sur l'insécurité. Pourquoi, lorsque sont présentés au Parlement des projets de loi impopulaires voire inégalitaires ou liberticides, les ondes regorgent de faits-divers croustillants sur la vie conjugale d'untel et/ou d'unetelle, ou de menaces apocalyptiques. La critique des médias posée par le Comité invisible est pleinement justifiée. Ce n'est pas un secret, les pouvoirs politiques sont intimement liés aux médias, par des relations d'amitié ou par la dérive du discours politique en politique-spectacle. Ce lien est devenu problématique; le constat est ancien:

"La France donne alors l'image d'une monarchie audiovisuelle bananière; règne de l'argent tempéré par les prébendes politiques. Parfois au-delà dans la fonction publique, en changeant les directeurs pour placer ses amis politiques, dans les entreprises publiques, en faisant de même. La politique, version clientéliste, envahit alors des domaines qui devraient lui rester étrangers. [...] L'argument cède le pas devant le provocant, la parole s'efface au profit de l'image, l'analyse détaillée ne vaut pas le sujet serré. Bref, dans la société médiatique, une certaine forme de travail parlementaire n'a pas sa chance. Nous avons d'ailleurs changé d'idoles: Christophe Dechavanne a remplacé Jean Jaurès, et Collaro, Clémenceau. La distraction y gagne, pas la délibération. Et la dépression du Parlement de s'aggraver. D'autant plus que d'autres pouvoirs émergent et le rognent à leur tour."

Le pouvoir politique en France, Olivier Duhamel, 1993.

Et le problème, au fil des années, s'est aggravé. Si vous n'en êtes pas convaincus, ouvrez les yeux. Regardez Pas vu pas pris de Pierre Carles, Manufacturing Consent de Mark Achbar et Peter Wintonick. Lisez Les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi ("La France, après tout, est un pays où l'idée de faire interroger le président de la République par deux journalistes également femmes de ministres n'a pas paru extravagante."), paru en 1997. Allez jeter un oeil sur le site de l'Acrimed. Ou sur ce reportage Suisse, Sarkozy, vampire des médias (sur le site Temps présent)...

Des solutions se dessinent: réforme de la profession de journalisme (Voir La fabrique de l'information, Florence Aubenas et Miguel Benasayag, 1999), dans l'esprit du courant réformiste des Annales chez les historiens, diffusion d'une information indépendante (indymedia),...

Il en existe une autre:

Kill your TV. 
u
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fumanchu.jpg "Imaginez-vous un homme de haute taille, maigre, félin, haut d'épaules, avec le front d'un Shakespeare et la face de Satan, au crâne rasé, aux longs yeux bridés, magnétiques, verts comme ceux d'un chat. Supposez-lui la cruelle ruse de la race jaune toute entière, concentrée dans un puissant cerveau, avec toutes les ressources de la science passée et présente, les possibilités infinies d'un gouvernement riche qui, cela va de soi, a jusqu'ici dénié toute connaissance de sa réalité. Imaginez cet être terrible et vous aurez le portrait du docteur Fu Manchu, le péril jaune incarné en un seul".

Le Mystérieux Dr Fu Manchu, Sax Rohmer, 1913.

Le mythe du péril jaune est, au moment où écrit Sax Rohmer, assez récent. Je vous renvoie ici (sur la revue des ressources) à un article sur la construction et l'évolution de ce mythe au cours du XXe siècle. Je pensais que cette vision xénophobe était totalement périmée et que, finalement, ce type de considération n'était valable que pour les auteurs de romans à frisson du temps des colonies. Que nenni! J'en veux pour preuve les dires de Serge Dassault, illustre sénateur ET marchand de canons éponymes, sénateur UMP (est-ce bien nécessaire de le préciser ? ). Cette interview est assez ancienne: elle fut diffusée le 10 décembre 2004 sur France Inter. Cependant, je m'autorise de bon coeur et sans remord ces quelques années de retard, puisque Serge Dassault, lui, s'autorise à défendre des idées d'avant 1936. Voici donc pour mémoire l'interview de Serge Dassault, sénateur, accessoirement patron du Figaro, menée par Stéphane Paoli:


Les Chinois vont donc gagner la guerre économique. Au fait, d'où viennent les milliards de devises empruntés pour résorber la crise financière ? Ils sont plutôt fair-play, les Chinois, dans cette histoire...
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Une critique de Systool sur l'inénarrable Cormac McCarthy. Désolé pour le caractère laconique de ce message, je tenais juste à vous rappeler que Cormac McCarthy est un auteur formidable et, au passage, que les critiques du blog de Systool sont toujours très instructives et bien ciblées. Voilà, la chose est dite, je retourne travailler...
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bouchon.jpg
"Il avait appris, dans le premier livre de Zoroastre, que l'amour-propre est un ballon gonflé  de vent, dont il sort des tempêtes quand on lui a fait une piqûre".

Zadig, Voltaire, 1756.

L'expression se traduit en italien de cette manière: "Ma gavte la nata!" (soit : "Ôte le bouchon!"), expression que l'on retrouve dans l'illustrissime Pendule de Foucault d'Umberto Eco. Cette réplique s'adresse à des personnes gonflées d'orgueil, tant gonflées qu'elles ressemblent à des outres, imbues d'elles-mêmes, que l'on peut donc qualifier d'imbuvables, mais il n'y a là aucun rapport potable. On peut préférer des répliques plus cinglantes, mais on veillera à utiliser un vouvoiement des plus respecueux:

"Fils, je ne veux pas me montrer méchant avec vous. Mais quand on a fait la distribution de cervelle, z'auriez pas ramassé par erreur une belle poignée de merde de porc ?"

Dixie City, James Lee Burke, 1994.
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bacchus.jpg "Il se voit qu'ès nations où les loix de la bienséance sont plus rares et lasches, les lois primitives de la raison commune sont mieux observées.

Montaigne, III, 5."

Cette citation de Montaigne se trouve en épigraphe des Aventures du roi Pausole de Pierre Louÿs, aventures dans lesquelles le bon roi susnommé chevauche une mûle pour retrouver sa fille disparue dans les bras de quelque coquin... Ce récit relève des romans d'aventures, des romans picaresques et des fables aimables du XVIIIe siècle: on croirait une Manon Lescault délurée racontée par un Voltaire pour l'humour ou par un Mirabeau pour la sensualité. Moult intrigues et rebondissements légers rythment le roman, d'où se dégagent des parfums libertaires:

"A force de simplifier le Livre des Coutumes laissé par ses ancêtres, Pausole était arrivé à édicter un code qui tenait en deux articles et qui avait au moins le privilège de parler aux oreilles du peuple. Le voici dans son entier:

CODE DE TRYPHEME

I. - Ne nuis pas à ton voisin.
II. - Ceci bien compris, fais ce qu'il te plaît.

Il est superflu de rappeler au lecteur que le deuxième de ces articles n'est admis par les lois d'aucun pays civilisé. Précisément c'était celui auquel le peuple tenait le plus. Je ne me dissimule pas qu'il choque le caractère de mes concitoyens."

Les Aventures du roi Pausole, Pierre Louÿs, 1964.

Il est interdit d'interdire? On en rêve encore, aux jours où l'on veut balayer l'héritage de mai 68. Cette vision politique n'est pas loin des revendications d'un Thoreau...

"J'accepte de tout coeur la devise suivante: le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins et j'aimerais la voir suivie d'effet plus rapidement et plus systématiquement. Exécutée, elle se résume à ceci, que je crois aussi: le meilleur gouvernement est celui qui ne gouverne pas du tout; et quand les hommes y seront prêts, tel sera le genre de gouvernement qu'ils auront."

La désobéissance civile, Henry David Thoreau, 1849.


"L'Etat ne s'adresse donc jamais intentionnellement à la raison de l'homme, intellectuelle ou morale, mais seulement à son corps, à ses sens. Il n'est pas une arme d'un esprit ou d'une honnêteté supérieure, mais d'une force physique supérieure. Je ne suis pas né pour être contraint. Je veux respirer comme je l'entends. Voyons donc qui est le plus fort."

La désobéissance civile, Henry David Thoreau, 1849.

Cette bravade ne manque pas de culot. Il s'avère que la tendance est plutôt à la répression, notamment à celle des classes défavorisées. Pour s'informer sur ce sujet, il suffira de lire les travaux du sociologue Loïc Wacquant (Punir les pauvres, 2004 ou Les prisons de la misère, 1999). "Voyons donc qui est le plus fort" s'interroge Thoreau? En guise de réponse, un extrait du dernier livre d'Olivier Adam, toujours efficace et stylistiquement impeccable:

"A coups de poing de crosse de matraques, les flics les ont sortis de là, et les chiens se sont jetés sur leurs mollets. Ils les ont traînés par les bras, les pieds, les cheveux. J'ai vu leurs dos et leurs ventres frotter contre le bois. Et le bruit sourd des coups sur leurs corps, le raclement de leurs os sur le plancher, le choc de leurs crânes sur les marches j'entends tout encore, il suffit que je ferme les yeux et je revois tout, je me tenais là pétrifiée effarée les yeux écarquillés et la bouche ouverte. J'ai dû laisser échapper un cri."

A l'abri de rien, Olivier Adam, 2007.
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pierre louys
"Ah! c'est bien le signe suprême de la toute-puissance féminine, que cette immunité dont nous les cuirassons. Une femme vous insulte à la face, elle vous outrage: saluez. Elle vous frappe: protégez-vous, mais évitez qu'elle se blesse. Elle vous mine: laissez-la faire. Elle vous trompe: n'en révélez rien, de peur de la compromettre. Elle brise votre vie: tuez-vous s'il vous plaît! -Mais que jamais, par votre faute, la plus fugitive souffrance ne vienne endolorir la peau de ces êtres exquis et féroces pour qui la volupté du mal surpasse presque celle de la chair".

La Femme et le pantin, Pierre Louÿs, 1898.

Pierre Louÿs n'est pas avare de conseils en matière amoureuse. Il est l'auteur d'un Manuel de civilité pour les petites filles à l'usage des maisons d'éducation datant de 1926, dans lequel ses conseils s'adressent, ainsi que l'indique son titre, à de très jeunes filles. Ce manuel est basé sur les manuels d'instruction religieuse, que l'auteur parodie sans vergogne. Pierre Louÿs nous livre aussi dans Trois filles de leur mère un inventaire des pratiques sexuelles qui se situe (chronologiquement et dans le style) entre les 120 Journées de Sodome du Marquis de Sade et le Carnet de bal d'une courtisane de Griselidis Réal... Le narrateur est un jeune homme de vingt ans (le même âge que le Werther de Goethe... c'est leur seul point commun!) qui noue avec une mère et ses trois filles de bien étranges relations. Ce récit serait inspiré des propres relations entre Pierre Louÿs, la femme de José Maria de Hérédia et ses trois filles. Les éditions de la musardine ont publié ce récit, accompagné du Manuel de civilités et d'un recueil de textes érotiques dans un très beau volume.

"Eh bien, j'ai des vices. Je crois même que je les ai tous et que j'en ai inventé. Ca m'a été utile dans ma vie de putain".

Trois filles de leur mère, Pierre Louÿs, 1926.
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